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Les fermes perlières des Gambier : l’héritage de Robert Wan
Introduction
Merveilleux archipel des Gambier, au climat tempéré marqué par une véritable saison fraîche, aux terres fertiles où tout pousse, avec ses lagons, ses îles, ses atolls et sa population si peu nombreuse… La mission catholique a laissé son empreinte ; çà et là, une église, un porche de couvent ou une chapelle se détachent au milieu d’une végétation luxuriante.
L’église de Mangareva
L’autel de l’église de Mangareva est réputé pour sa riche décoration en nacre et ses incrustations de perles. C’est ici que Robert Wan a installé sa ferme perlière, probablement la plus grande et la mieux organisée de Polynésie. Un avion régulier relie ces îles isolées à Tahiti une fois par mois. Robert Wan dispose toutefois de son propre avion, qui dessert ses fermes une fois par semaine. Entre Papeete et les Gambier se trouve également l’atoll d’Anuraro et, récemment, il a pris le contrôle de l’île de J.C. Brouillet à Marutea.
La vie à la ferme perlière
Les bâtiments d’habitation accueillent des greffeurs japonais — trois à cinq selon la période de l’année —, les Wan, François ou Robert, ensemble ou séparément, mais dont l’un est toujours présent, ainsi que quelques responsables, généralement originaires de France métropolitaine. Chaque soir, ils se retrouvent autour de la même table, servis par une femme de Mangareva. C’est un univers aussi austère qu’un couvent, entièrement consacré au travail. La vidéo et les magazines sont les seules distractions.
Chaque matin, le personnel arrive de Rikitea à bord d’un camion qui vient le chercher : une quarantaine de Polynésiens, hommes et femmes, chargés des opérations de tri et de brossage. Les hommes plongent pour remettre à l’eau les nacres greffées ou rapporter celles qui ont été greffées quelques mois auparavant afin de les contrôler. Chaque matin, tout le monde embarque sur une embarcation très large, semblable à un radeau, pour rejoindre la ferme perlière construite sur pilotis au milieu du lagon. En chemin, on peut apercevoir les collecteurs de jeunes huîtres, dispersés çà et là et formant de véritables bancs flottants. La ferme est constituée de longues passerelles en bois qui permettent d’accéder facilement aux nacres greffées et étiquetées, classées selon leur date de greffe.
Les opérations quotidiennes
L’activité est incessante et le travail de surveillance, ininterrompu. Les nacres récemment greffées risquent de rejeter le greffon après quelques semaines. Elles doivent être triées, remises à l’eau, puis régulièrement nettoyées et brossées. Les jeunes huîtres élevées nécessitent elles aussi beaucoup de soins. Elles sont triées, calibrées, puis remises à l’eau.
Le laboratoire se compose de grands bacs remplis d’eau de mer, où les nacres sont conservées avant la greffe. Sur de petites tables individuelles, les greffeurs travaillent toute la journée avec des gestes précis et délicats. L’huître est ouverte, le greffon est placé, puis elle est refermée. L’assistant découpe des morceaux de manteau et les apporte à chaque greffeur. Les nacres greffées sont glissées individuellement dans des poches en filet, qui permettent de détecter facilement les rejets.
Les repas et les soins apportés aux greffeurs
Le déjeuner est pris sur place à midi. La cuisine, principalement à base de poisson et de riz — le poisson étant apporté de Marutea ou d’Anuraro —, possède une influence japonaise plus ou moins marquée, destinée à plaire aux greffeurs. Ces derniers, qui répètent inlassablement les mêmes gestes, sont particulièrement choyés. De leur technique et de leur habileté dépend chaque récolte.