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L’histoire de la pêche aux perles noires

Plongeur des Tuamotu récoltant des perles noires au fond d’un lagon

Les plongeurs nomades

Les plongeurs des Tuamotu sont nomades et se déplacent d’une île à l’autre en fonction de la richesse des fonds marins. Ils utilisent des pirogues à balancier ou des ketchs plus confortables construits à Tahiti par des Européens. Ils ont abandonné les grandes pirogues à double balancier reliées par un pont et équipées d’une voile en feuilles de pandanus. Les Paumotu sont considérés comme les meilleurs plongeurs.

Les techniques de plongée

Ils mouillent leur embarcation et explorent les fonds marins à l’aide d’une boîte carrée en bois munie d’un fond en verre. Ces lunettes très particulières leur permettent d’observer les fonds jusqu’à douze mètres de profondeur. Lorsque la mer est calme, ils peuvent également répandre de l’huile de coco afin d’atténuer les rides de la surface. Le Paumotu est capable de descendre jusqu’à vingt-cinq mètres. Il accomplit donc chaque jour un véritable exploit physique.

Chaque plongeur est accompagné d’un assistant qui reste dans l’embarcation pour filer à la demande le câble lesté de plomb, permettant au plongeur de pénétrer dans les eaux profondes sans trop d’effort. Au fond du lagon, un panier tressé lesté de plomb ou d’acier l’attend. La plongée dure deux à trois minutes, pendant lesquelles le plongeur arrache les perles du corail, les mains protégées par des gants souvent grossièrement cousus dans de la toile à voile. Ceux-ci les protègent de l’agression des barbes de l’huître.

Le quotidien des plongeurs

Le plongeur remonte à la surface pour respirer, expulsant le dioxyde de carbone dans de longs sifflements très particuliers que certains trouvent lugubres. Lorsque le panier est plein, après une ou plusieurs plongées, Paide le remonte. Il ouvre les huîtres, en jette le contenu et nettoie les coquilles. Et parfois, c’est un miracle ! Une perle est découverte ! Le plongeur redescend ainsi toute la journée, dans une sorte de jeu avec la mort.

La plongée en apnée : une profession dangereuse

La plongée en apnée, sans appareil respiratoire, est l’un des métiers les plus éprouvants qui soient. Elle exige une condition physique parfaite. Il peut être agréable de plonger à cinq ou dix mètres, mais à partir d’une certaine profondeur, la pression augmente et les premiers problèmes apparaissent, souvent auditifs : des saignements des tympans surviennent parfois. Des troubles oculaires et nerveux peuvent également se manifester. Une paralysie partielle du visage ou une hémiplégie sont aussi à craindre. Un plongeur victime d’un accident est considéré comme taravana, c’est-à-dire un peu fou. Le cerveau, insuffisamment oxygéné, subit des dommages irréversibles et provoque un état comparable à l’ivresse. C’est la décompression brutale de la remontée qui est très dangereuse. Chaque année, plusieurs plongeurs trouvent ainsi la mort. Cela n’empêche toutefois pas les autres de poursuivre leur rythme halluciné, de 7 heures à 15 heures, avec une courte pause pour déjeuner.

La réglementation de la plongée avec appareil

Pendant près de quarante ans, la plongée avec appareil a été moins populaire que la plongée en apnée. Le coût du matériel est généralement pris en charge par les Chinois, et le produit de la pêche leur revient directement.

Dans son rapport administratif de 1904, le gouverneur Andre expose la réglementation applicable aux deux modes de pêche. Il envisage de diviser le lagon en deux périodes égales, réservées à chacun d’eux. Il n’adopte toutefois pas cette solution, car en trois mois et demi, les plongeurs équipés d’appareils ne pourraient pas couvrir leurs frais. Finalement, il place les plongeurs avec appareil et les plongeurs en apnée sur un pied d’égalité. Il s’interroge également sur le principe consistant à ouvrir certains lagons à la plongée et à en interdire d’autres. Il constate que cette mesure contraint les habitants à mener une vie nomade et à négliger leurs cultures. Il propose d’ouvrir simultanément tous les lagons, tout en les divisant en plusieurs secteurs. Il note également que de nouvelles îles ont été désignées comme propices à la plongée avec appareil. Il s’agit, précise-t-il, d’îles où les plongeurs en apnée ne se rendent pas en groupe et dont les lagons sont pour l’instant très peu exploités.

Les aspects économiques de la plongée

En plongée en apnée, le propriétaire de l’embarcation reçoit une part des bénéfices et les plongeurs sont rémunérés au kilogramme. Le coût d’exploitation d’un équipement de plongée avec appareil est assez élevé et, pour être rentable, celui-ci doit ramener au moins 3 500 kilogrammes de nacre par mois. La production des équipements de plongée avec appareil échappe aux intermédiaires chinois.

Qu’il s’agisse de plongée en apnée ou de plongée avec appareil, il faut se rappeler que la condition des pêcheurs était particulièrement difficile. Toute perle noire qui se retrouvait dans une grande joaillerie avait statistiquement été acquise au prix de la mort d’un homme. L’apparition des perles de culture a complètement dédramatisé le problème. Aujourd’hui, les perles fines sont extrêmement rares, car les vieilles huîtres sont peu nombreuses, que la plongée est en déclin et qu’elle n’est pratiquée que pour retourner les huîtres destinées à la greffe. Ces huîtres âgées de trois ans ne contiennent généralement rien d’autre qu’une minuscule perle fine.

Conclusion

Quelle que soit notre admiration pour les perles fines, méditons cette phrase d’un scientifique du début du siècle, M. R. Dubois :

« La plus belle perle n’est finalement que le sarcophage brillant d’un ver. »

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